Pourquoi diversifier hors de l'entreprise est essentiel pour un actionnaire familial

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Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier est une question de bon sens pour tout épargnant. Mais les enjeux de la diversification en dehors de l'entreprise prennent une dimension toute particulière pour son actionnariat familial.

Diversification, aussi pour la gestion de fortune

 

Ce n'est pas un hasard si nombre d'études démontrent que les entreprises familiales sont plus performantes que les autres. Un actionnaire familial a d'autant plus intérêt à veiller à la bonne marche de la société que ce patrimoine est bien souvent le seul qu'il possède, en dehors de sa résidence principale. Surtout s'il exerce des fonctions de direction. Une situation où le chef d'entreprise et les autres dirigeants familiaux présents au capital jettent toutes leurs forces dans la conduite de la société, qui laisse peu de place au temps consacré au patrimoine privé. La gestion des avoirs non professionnels est même fréquemment délaissée et désordonnée, chacun souhaitant légitimement jouir de son argent comme il l'entend.

Les actifs extérieurs à l'entreprise délaissés

« Dans la majorité des cas, les actifs non entrepreneuriaux sont mal traités [on peut aussi entendre maltraités, NDLR], observe Jérôme Barré, avocat associé, en charge du pôle fiscalité patrimoniale et des entreprises au sein du cabinet Franklin. Le groupe familial gère la société, les machines, le personnel, le service, le projet d'entreprise, mais les actifs situés en dehors de l'entreprise, on ne s'en occupe pas ou presque. On a tiré de l'argent de l'entreprise, mais on gère très souvent ces actifs en ordre dispersé, qu'il s'agisse de fonds liquides ou de supports qui le sont moins comme l'immobilier. C'est quand même dommage. »

« Le sujet sur lequel les familles butent couramment est celui de la diversification patrimoniale, abonde Jean-Marie Paluel-Marmont, président de l'Association française du family office (AFFO). A un moment, il s'avère nécessaire de diversifier votre patrimoine, sur le plan économique mais aussi pour la bonne marche de votre entreprise. » C'est donc avant tout une question de bon sens, l'enjeu étant de ne pas dépendre uniquement de la manne financière que représente une société en bonne santé.

Gestion de patrimoine prudente vs audace entrepreneuriale

De fait, une entreprise qui marche et qui n'a pas besoin de réinvestir tous ses cash-flows (flux de trésorerie générés par l'activité, NDLR) distribue des dividendes. Une remontée d'argent vers les actionnaires qui relève donc d'abord de la gestion de patrimoine, voire de la gestion de fortune lorsque les dividendes atteignent des dizaines ou des centaines de millions d'euros par an. Les entrepreneurs et leurs familles ont alors une tendance naturelle à adopter un comportement sécuritaire, à l'opposé des risques qu'ils peuvent être amenés à prendre dans la vie de l'entreprise.

« Il y a des constantes : ils osent dans leur métier, ils sont dans l'ensemble extrêmement prudents avec l'argent qu'ils mettent de côté. Il y a aussi des phobies familiales, il y a des classes d'actifs adaptées à leur psychologie et d'autres pas », relève Jean-Marie Paluel-Marmont. Cette diversification économique en dehors de l'entreprise doit être mûrement réfléchie pour éviter les écueils. M. Paluel-Marmont prend à ce titre pour exemple l'investissement dans le non-coté, ou private equity, très prisé à l'heure où les rendements de l'épargne financière sont à leurs plus bas historiques. « Le private equity est à la mode, mais il exige une analyse assez fine. Il faut savoir pour quelle raison vous voulez en faire : uniquement pour des raisons financières ou à des fins de veille technologique ou sectorielle pour l'entreprise dont vous êtes actionnaire ? »

Être prêt à dégainer pour le bien de l'entreprise

Une autre motivation, toute aussi fondamentale que la gestion du patrimoine « en bon père de famille », plaide en faveur d'une diversification de ses avoirs en dehors de l'actif professionnel. Et cette raison est intrinsèquement liée à la vie de l'entreprise. « Il est nécessaire d'être un actionnaire fort à côté de l'entreprise familiale, en créant un patrimoine extérieur à la société, au cas où cette dernière a un besoin de réinvestissement ou une opportunité de croissance externe », affirme Jean-Marie Paluel-Marmont, tirant ce constat de l'expérience vécue par une société cotée en Bourse.

Nouvelle usine, implantation à l'étranger, acquisition d'un concurrent... Les projets nécessitant l'apport d'argent frais ne manquent pas. Les banques peuvent suivre, mais exiger en contrepartie une injection de capitaux dont il faut disposer pour participer à une augmentation de capital. A moins que la famille accepte de diluer sa participation en faisant entrer de nouveaux actionnaires. Ce raisonnement peut aussi parfaitement s'appliquer pour être prêt à remettre au pot en cas de difficultés financières.

 

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