ISF : l’idée d’une suppression attise la rivalité Valls-Macron

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Remplacer l'ISF par une imposition accrue des successions... La conviction affichée par Emmanuel Macron a essuyé un accueil glacial de Manuel Valls. Pour le Premier ministre, supprimer l'ISF serait une « faute ». Mais ce dernier n'exclut pas une réforme pour le rendre plus efficace.

Macron suggère du supprimer l'ISF

 

L'ISF, nouvelle pomme de discorde entre Manuel Valls et Emmanuel Macron ? Le ministre de l'Economie a évoqué à demi-mot une suppression de l'impôt de solidarité la fortune (ISF) dans le numéro d'avril 2016 de la revue Risques, éditée par une filiale de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA), le lobby des assureurs français.

Taxer davantage la succession comme alternative à l'ISF

Une prise de position dans une discrète revue professionnelle où l'ancien conseiller de François Hollande parle à mots choisis d'une fiscalité du capital « inadaptée » et « pas optimale » pour le financement de l'innovation en France. « Si on a une préférence pour le risque face à la rente, ce qui est mon cas, il faut préférer par exemple la taxation sur la succession aux impôts de type ISF », a déclaré Emmanuel Macron dans une interview sortie de son anonymat par Le Figaro.

Il n'en fallait pas plus pour que Manuel Valls prenne à nouveau ses distances avec son ministre de l'Economie, durant l'interview politique de France Info, mercredi 20 avril 2016. « Au moment où [...] nous nous attaquons pleinement au fléau de la pauvreté, au nom même de la justice, avec ce sentiment qui existe dans notre pays d'une forme d'injustice entre les plus pauvres et ceux qui en ont le plus, supprimer l'impôt sur la fortune [...] serait une faute », a tranché le Premier ministre, visiblement agacé. D'autant que l'abrogation de l'ISF est au cœur du programme fiscal et économique de la plupart des candidats - déclarés ou non - de droite à la primaire en vue de l'élection présidentielle de 2017, en tête desquels Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon.

VIDEO – La réaction de Manuel Valls à la suggestion d'Emmanuel Macron (aller à 11 min 25)

 

 

Appel à la cohérence et à la loyauté

« Je demande à chaque ministre d'être pleinement attelé à sa fonction, à sa mission, il y a encore beaucoup à faire pour l'économie française, pour la rendre compétitive, pour soutenir ses entreprises. [...] Que chacun soit concentré sur sa tâche dans la cohérence et dans la loyauté », a soupiré Manuel Valls.

Quelques jours plus tôt, il avait déjà rappelé Emmanuel Macron à ses obligations dans la foulée du lancement de son mouvement politique En Marche qui ne se veut « ni de gauche, ni de droite ». Manuel Valls avait alors invoqué « le devoir de rassembler » derrière le président de la République, lequel a sanctuarisé le principe d'un impôt sur la fortune jusqu'à la fin de son quinquennat.

Valls prêt à une réforme de l'ISF ?

A défaut de briser un dogme au PS, Emmanuel Macron est tout de même parvenu à ouvrir une brèche, poussant le chef du gouvernement à annoncer publiquement sur une radio à une heure de grande écoute « qu'on peut toujours améliorer, rendre plus efficace d'un point de vue économique » l'ISF.

Ce alors que des têtes pensantes classées à gauche ont mis des pistes de réformes de cet impôt sur la table. C'est notamment le cas de l'ancien patron de la SCNF et d'Airbus Louis Gallois, qui appelait début 2016 à une exonération totale d'ISF sur la détention d'actions.

En 2010, Valls d'accord pour supprimer l'ISF

Manuel Valls a radicalement changé de discours en l'espace de six ans, presque jour pour jour. « Il faut aujourd'hui supprimer l'impôt sur la fortune qui n'est pas performant sur le plan des recettes », déclarait-il sur France 5 en avril 2010 alors qu'il n'était encore que député-maire d'Evry dans l'Essonne. Il se disait alors favorable à la création d'une tranche supplémentaire de l'impôt sur le revenu.

Cependant, les beaucoup de choses ont elles aussi changé depuis : il est devenu Premier ministre, le sujet de l'ISF a été clos par François Hollande après la réforme entrée en vigueur en 2013, et une nouvelle tranche d'impôt sur le revenu à 45% a effectivement vu le jour, également en 2013. Et Emmanuel Macron a créé son mouvement politique...


DOCUMENT - Extrait de l’interview d’Emmanuel Macron dans la revue Risques (n°105)

Extrait de l’interview d’Emmanuel Macron dans la revue Risques publié par ToutSurMesFinances.com
 

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